Le Nigeria fait actuellement face à l’une des plus graves crises humanitaires du continent africain. L’insurrection menée par le groupe terroriste Boko Haram (signifiant « l’éducation occidentale est un péché ») a impacté plus de 14 million de personnes et en a forcé plus d’1,7 million à fuir leurs maisons. Ce conflit meurtrier fut largement relayé médiatiquement lorsqu’en avril 2014, 276 lycéennes de la ville de Chibok ont été enlevées. Il s’en est suivi de nombreuses manifestations à travers le monde et la création du groupe et hashtag « bring back our girls », soutenu par des personnalités politiques comme Michelle Obama, Hillary Clinton ou encore Christine Taubira. Mais malheureusement, cet épisode n’est qu’une partie immergée de l’iceberg de la dramatique crise humanitaire à laquelle cette région du monde fait toujours face.

Le Nigeria est le pays le plus riche d’Afrique. Cependant, la corruption et l’instabilité politique ont entrainé des années de conflits faisant plus de 200 000 morts. Ces conflits, en plus d’être meurtriers, détériorent les conditions de vie des populations : ils perturbent les approvisionnements alimentaires, limitent l’accès aux soins et moyens de communication, empêchent la culture des terrains agricoles. Dans une région délaissée par le gouvernement corrompu du pays le plus riche d’Afrique, les années de conflits ont fait plus de 200 000 morts, détérioré les conditions de vie des populations en perturbant les approvisionnements alimentaires, en entravant l’accès aux services de base et en limitant les activités agricoles, faisant ainsi chuter la production agricole, ce qui exacerbe une situation déjà difficile a cause du climat et de la corruption.
Famine, insalubrité, traumatismes psychologiques et problèmes de santé sont présents au quotidien, non seulement pour les personnes déplacées, mais aussi pour les habitants de Maiduguri. La situation humanitaire ne cesse de s’aggraver car de nouvelles personnes démunies arrivent chaque jour dans la ville. L’aide de certaines Organisations Non Gouvernementales (ONG) sur le terrain ne peut pas se substituer à l’implication du gouvernement nigérian. Les premières victimes de cette crise humanitaire sont les femmes qui, lorsqu’elles sont sans ressources, sont les plus vulnérables face aux violences.

Il y a encore quelques années, cet endroit était un lieu où l’on exécutait les hommes du quartier de Bolori II à Maiduguri qui refusaient de rejoindre la cause de Boko Haram. Sur le mur figure encore écrit à l’aide de sang humain « Amutu » signifiant « mort » en haoussa.

Fin 2017, on compte environ 1,77 million de personnes déplacées dans le pays, dont près de 70% dans la ville de Maiduguri. Seulement 8% des déplacés sont dans des camps gérés par le gouvernement, et les autorités portent assistance uniquement à ceux-ci. Mais, les populations ne font plus confiance au gouvernement qu’ils reconnaissent corrompu, et estiment ces camps dangereux (plusieurs attaques ces dernières années par Boko Haram ont fait de nombreuses victimes). Faim, problèmes de santé, traumatismes psychologiques et insalubrité sont le quotidien des personnes déplacées.

Petite fille jouant dans les ruines de Maiduguri.

La situation pour les enfants est dramatique. Une grande partie des infrastructures scolaires ont été détruites, et la plupart des personnes déplacées n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école. On compterait environ 50 000 orphelins dans la ville de Maiduguri, qui, sans ressources et sans repères, risquent de se faire happer/ sont des proies faciles pour par le mouvement Boko Haram. En effet, le groupe terroriste n’hésite pas à enrichir ses rangs d’enfants et les utiliser pour commettre des attaques suicides.

La majorité des personnes déplacées dans l’État du Borno sont des femmes. Une très grande partie d’entre elles ont perdu leur mari sous les balles de Boko Haram, et beaucoup ont subi des violences sexuelles suivies de grossesses non désirées, servant de « trophées » aux combattants de l’organisation terroriste. Le taux de natalité dans la région du Borno est très élevé. Les femmes doivent fuir avec leurs nombreux enfants, vulnérables face à la maladie ou la malnutrition. Encore aujourd’hui, certaines n’ont d’autres choix que de se prostituer pour nourrir leurs enfants.

À cause de la situation dramatique à laquelle ces femmes doivent faire face, la consommation de sirop pour la toux a drastiquement augmenté dans la région, ce dernier étant utilisé par les femmes pour dormir et tenter d’oublier le temps d’un instant. Par ailleurs, les femmes ont souvent du mal à être acceptées dans la communauté hôte de Maiduguri car les habitants redoutent qu’elles aient été envoyées par Boko Haram pour commettre des attaques suicidaires. En effet, ces derniers mois, plusieurs femmes n’avaient d’autre choix, sous peine de représailles envers leur famille, que de commettre des attaques kamikazes à l’aide de ceintures explosives. Elles sont ainsi systématiquement fouillées aux check points de la ville, dans les marchés et mosquées.

Amina Abubakar fait partie de ces milliers de femmes ayant fui() sa ville natale pour se réfugier à Maiduguri.

« Je suis arrivée il y a 3 ans à Maiduguri pour fuir les violences quotidiennes que nous faisaient subir Boko Haram dans ma ville à Konduga. Nous menions une existence paisible avec mon mari et nos 8 enfants, nous ne manquions de rien. Mon mari était boucher et je m’occupais de la maison et des enfants. Il a été tué au marché lorsque les forces de Boko Haram ont pris possession de notre ville. Sa deuxième femme a aussi été tuée et violée. J’ai ainsi pris la fuite avec mes 8 enfants et les siens. Nous avons retrouvé un peu de sécurité ici à Maiduguri, mais nous n’avons aucune ressource et beaucoup de mal à nous nourrir. Mes enfants ne peuvent désormais plus aller à l’école et nous ne pouvons compter que sur l’aide des ONG sur place pour nous nourrir et avoir accès à des soins de base. ».

Falta vient du village de Baga Kawa et vit dans l’un des nombreux camps de fortune de Maiduguri.

« Je suis arrivée à Maiduguri il y a un peu plus d’un an avec mon mari et mes 4 enfants. La situation à Baga Kawa devenait invivable. Nous vivions avec une boule au ventre au quotidien et avons perdu beaucoup de proches. Soit nous restions et nous nous plions aux exigences de Boko Haram, soit nous étions assassinés. Je regrette ma vie d’avant lorsque nous vivions dans de bonnes conditions. Mon mari était fermier et possédait des terres, mes 2 ainés allaient à l’école. Aujourd’hui pour nous, « personnes déplacées », il est très difficile de se procurer de la nourriture car nous n’avons pas d’argent et les prix ont fortement augmenté. Notre maigre source de revenu provient de mon mari lorsqu’il trouve du travail de labeur au marché de Maiduguri. Nous vivons dans ce camp de fortune que nous partageons avec 40 autres familles de déplacés dans de mauvaises conditions d’hygiène et confort, mais nous n’avons pas le choix ».

Camp informel de déplacés où s’entassent les familles.

Selon l’Unicef, plus d’1,2 million d’enfants souffrent de malnutrition dans le Nord-Est du Nigéria. Les quelques ONG sur place s’efforcent de détecter les enfants malnutris et leur donnent du « plumpy’nut » (produit dédié à la réhabilitation nutritionnelle des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère) limitant ainsi la mortalité infantile.

Aisha Mohammed est venue dans une clinique mobile mise en place par une ONG. Sans cette clinique, faute de moyens, elle n’aurait pu être soignée. Elle est venue car elle souffre de maux de tête et de problèmes gastriques. Elle a été diagnostiquée d’une maladie sexuellement transmissible : le PID (maladie inflammatoire pelvienne).

Lors de l’insurrection, plus de 40% des infrastructures de santé ont été détruites et la majorité des autres sont en mauvais état. À cause des conditions de vie insalubres des personnes déplacées et de la communauté hôte, les épidémies de choléra et méningites sévissent. S’ajoutent le paludisme et autres maladies transmissibles qui augmentent drastiquement le taux de mortalité dans la région.

Jeune fille fouillant dans les détritus de son quartier.

Portrait d’une femme dans un camp informel de personnes déplacées.

Portrait d’une orpheline dans les rues de Maiduguri.

Femmes assistant à une séance de prévention organisée par une ONG sur l’hygiène et la santé pour les mères de famille et enfants.

Quartier touché par les récents affrontements entre Boko Haram et l’armée nigériane.

La vie reprend doucement son cours à Maiduguri. En réalité, la ville souffre autant qu’elle essaye de se relever. Une grande partie de la population reste traumatisée. L’université qui fut l’objet de nombreuses attaques à ré-ouvert, les commerces reprennent leurs activités et hormis quelques attaques suicides, la ville a retrouvé un peu de calme. Mais face à l’afflux quotidien de personnes démunies, la situation humanitaire ne va faire qu’empirer.