Dans la banlieue de Katmandou, des nonnes renversent le bouddhisme traditionnel à grands coups de pieds et font la promotion du féminisme. Faisant partie d’une communauté bouddhiste séculaire de l’Himalaya, les nonnes du couvent Druk Amitabha ont une vision moderne de l’égalité des genres et incarnent les prémices du féminisme dans la région. En effet, traditionnellement dans la société bouddhiste, les femmes sont cantonnées à la méditation et aux différentes tâches domestiques.

Il n’en est rien pour ces nonnes qui pratiquent quotidiennement le kung-fu. Hormis les avantages significatifs pour la santé spirituelle et physique de ces pratiquants, les nonnes utilisent ce sport pour promouvoir l’égalité des genres et faire passer un message d’émancipation aux femmes de la région. C’est leur chef spirituel, sa Sainteté le Gyalwang Drukpa qui est à l’initiative de ce changement de codes et qui a décidé il y a plus de 10 ans, de mettre les nonnes au kung-fu, mais pas uniquement. Le couvent a depuis véritablement pour vocation de contribuer activement à l’émancipation et l’instruction des femmes. C’est ainsi que le couvent s’apparente à une ruche d’activités où les nonnes apprennent l’électricité, la plomberie, reçoivent des cours d’informatiques, d’anglais ou encore de la comptabilité. Les nonnes sont de plus investies dans des missions pour la préservation de l’environnement, l’aide aux plus démunis et le sauvetage d’animaux en péril.

À l’heure où les femmes sont sujettes à de nombreuses agressions sexuelles et discriminations dans cette région du monde, les « nonnes kung-fu » inspirent des milliers de femmes dans la région et tentent sans relâche de changer les mentalités.

Jigme Wangchuk Lhamo, 20 ans, nonne du couvent de Druk Amitabha : « Quel gourou, quel bouddha a dit que les femmes sont faites pour la cuisine ? Nous sommes aux 21ème siècle, nous devons fonctionner avec notre siècle ».

Le couvent Druk Amitabha est situé dans la banlieue de Katmandou. Environ 400 nonnes bouddhistes venant du Népal, d’Inde, du Tibet et du Bouthan y vivent.

Quotidiennement, les nonnes se retrouvent pendant 2 heures dans le temple du couvent et font la « puja », un rituel d’offrandes bouddhiste. Ce geste de louange et de reconnaissance permet d’exprimer sa gratitude envers le bouddha et de trouver l’éveil spirituel. C’est une des premières fois que des nonnes dirigent la prière, une pratique traditionnellement réservée aux hommes.

Jigme Tsela, 9 ans, est la plus jeune nonne du couvent. La plus âgée a 43 ans.

Une nonne récite sa prière du matin utilisant un livre électronique. Malgré un mode de vie plutôt spartiate, les nonnes n’hésitent pas à utiliser les nouvelles technologies dans leur quotidien et a prôner la modernité dans leurs valeurs.

Des jeunes nonnes se préparent pour l’une de leurs sessions quotidiennes de kung-fu. Traditionnellement dans la communauté bouddhiste, les femmes ne sont autorisées qu’à prier, méditer et effectuer des tâches domestiques. Les nonnes du couvent de Druk Amitabha renversent les codes à grand coups de pieds.

Plusieurs fois par jour, les nonnes s’entraînent au kung-fu lors d’intenses sessions d’environ 2 heures. Elles travaillent leur posture et s’entrainent avec des armes traditionnelles que l’on peut retrouver chez les moines Shaolin : épées, sabres, bâtons, nunchakus et éventails.

Le Népal et l’Inde faisant actuellement face à un taux très élevé d’agressions sexuelles, les nonnes ont décidé de transmettre leur savoir en apprenant aux jeunes filles de la région à se défendre lors de workshops. Jigme Konchok Lhamo : « Nous essayons de montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent dans la vie, le pouvoir est entre leurs mains ».

La pratique du kung-fu donne la force mentale et physique aux nonnes d’accomplir de grandes choses. C’est ainsi qu’après le terrible tremblement de terre de 2015, alors que leur propre couvent était endommagé, elles n’ont pas hésité à se rendre dans des régions reculées du pays pour apporter leur aide.

Migyur, 27 ans : « Depuis que je pratique le kung-fu, j’ai davantage confiance en moi, je suis plus forte mentalement et physiquement, et cela m’aide beaucoup dans ma pratique spirituelle. Mais nous ne pratiquons ce sport pas uniquement pour notre développement personnel, mais surtout pour mettre en avant l’égalité des genres et dire aux femmes qu’il est temps de se faire entendre ».

C’est sa Sainteté le Gyalwang Drukpa, militant écologiste, défenseur des droits des femmes et chef spirituel du Drukpa, une des écoles majeures du bouddhisme tibétain, qui est à l’initiative de ce changement de codes. Après avoir vu des nonnes s’entrainer au combat au Vietnam, il a décidé en 2008 de mettre ses nonnes au kung-fu pour promouvoir l’autonomisation des femmes et l’égalité des genres.

Les nonnes développent aussi des compétences qui sont traditionnellement des apprentissages réservés aux hommes, comme l’électricité, la plomberie, l’anglais, l’informatique ou encore la comptabilité. Leur couvent s’apparente ainsi à une ruche d’activités où chaque nonne s’enrichit de façon spirituelle, mais aussi de façon pratique.

Deux nonnes s’activent à la préparation d’un échafaudage qui sera utilisé pour réparer certaines lumières du temple. Grâce à toutes les compétences acquises au couvent, elles sont complétement autonomes et se vantent même parfois de savoir faire plus de choses que les moines.

Les nonnes sauvent de nombreux animaux abandonnés ou en péril qu’elles récupèrent et dont elles prennent soin. Cette initiative a commencé lors du tremblement de terre de 2015 où de nombreux animaux avaient besoins d’être secourus.

Une nonne en pleine conversation avec Jigme, le perroquet de la nonnerie.

Elles possèdent et gèrent leur propre épicerie, une librairie, et une cafétéria.

Une nonne de retour d’un entrainement de plusieurs heures de vélo.

En 2016, elles ont parcouru plus de 2 200 km allant de Katmandu à New Delhi pour éveiller les consciences environnementales et encourager les gens à utiliser le vélo plutôt que la voiture.

Les nonnes pendant le tremblement de terre de 2015. Alors que leur propre couvent a été sérieusement endommagé, les religieuses n’ont pas souhaité être évacuées, et ont préféré apporter leur aide en se rendant dans des zones reculées du pays. (Photo DR).

Environnement, égalité des genres, aide aux plus démunis, sauvetage d’animaux, les missions des nonnes pour un monde meilleur sont multiples et elles inspirent des milliers de jeunes femmes dans la région de l’Himalaya. C’est ainsi que la liste d’attente pour rejoindre le couvent n’en finit pas de croitre.